el TiGeR CoMiCs GRoUP

a jujuart radio & tv music machine experience…

Textes

Géophonies : quels sons font les bruits ?

Du 4 au 21 décembre 2025, le Dôme accueille Géophonies : quels sons font les bruits ?, une création originale arts et sciences qui explore avec poésie l’univers fascinant du bruit électronique. Fruit de la collaboration entre Nicolas Germain, plasticien sonore et visuel, et Jean-Marc Routoure, chercheur en électronique, cette œuvre immersive invite le public à découvrir les sons habituellement inaudibles qui circulent dans nos circuits électroniques.

Le son : des fluctuations électroniques révélées

Le son que nous percevons dans Géophonies provient des fluctuations des courants électriques dans les composants électroniques. Jean-Marc Routoure utilise une métaphore parlante pour expliquer ce phénomène : “C’est un peu comme sur un pont. Si vous comptiez les voitures, vous pourriez calculer un flux moyen. Mais il y a une fluctuation, c’est-à-dire qu’il n’y a jamais exactement le même nombre de voitures à chaque instant.” Dans un composant électronique c’est la même chose et les variations sont liées aux chocs entre électrons, générant un bruit qui, une fois amplifié, devient audible.

Dans le domaine scientifique, mesurer ces bruits permet notamment de détecter les défauts des composants électroniques. Mais ici, cette connaissance technique devient le matériau d’une expérience artistique unique.

Genèse d’un projet collaboratif

Le projet est né il y a deux ans et demi d’une rencontre fortuite. Jean-Marc Routoure, alors chargé de mission Sciences avec et Pour la Société (SAPS) à l’université de Caen, partage son interrogation sur les sons produits par les composants électroniques à Luc Brou d’Oblique/s et David Dronet de Station Mir. Ces derniers imaginent immédiatement une collaboration avec Nicolas Germain, enseignant-chercheur à l’École supérieure d’arts et médias de Caen-Cherbourg (ESAM) et membre du studio modulaire, le projet est lancé

La collaboration scientifique et artistique s’est appuyée sur l’expertise technique du GREYC (Groupe de Recherche en Informatique, Image, Automatique et Instrumentation de Caen). Sylvain Lebargy, ingénieur d’études, et Julien Gasnier, technicien, ont conçu et soudé les circuits. Lucas Bessin, étudiant en BUT à l’université de Rennes, a redessiné et reprogrammé la dernière version du circuit dans le cadre de son projet de fin d’année, intégrant notamment les LEDs demandées par Nicolas Germain. Les contributeurs du projet sont d’ailleurs crédités au dos de cette plaque, invisible pour le public mais témoin du travail collectif accompli.

Un circuit électronique au coeur de l’installation

Le circuit installé sous cloche au centre de l’oeuvre comprend deux blocs principaux : un bloc d’amplification et un bloc qui impose le courant. La plaque intègre une résistance rare des années 60, des composants des années 2000 et des éléments numériques très récents permettant d’éviter la saturation. 

Le développement technique a représenté un véritable défi : dès que le son est fortement amplifié ou que les courants changent, une saturation apparaît. Il a fallu faire appel à des composants spécifiques et développer des outils numériques adaptés.

Quand la science rencontre l’art

Pour Jean-Marc Routoure, cette collaboration artistique a marqué un tournant. Après une dizaine d’années dédiées à la médiation scientifique, notamment avec le Dôme, il traversait une période de questionnement. “J’avais une forme d’épuisement de mes questionnements scientifiques”, confie-t-il. Travaillant sur des composants toujours plus rapides et plus petits, il ressentait un malaise éthique face à la pollution générée par ces technologies.

L’idée d’écouter les composants lui trottait dans la tête depuis longtemps, mais ne lui semblait pas être un questionnement suffisamment scientifique. La collaboration entre Jean-Marc et Nicolas a immédiatement fonctionné grâce à leur langage commun autour des signaux. Tout au long du projet, Jean-Marc est resté à sa place de scientifique, n’intervenant pas sur les aspects plastiques, tandis que Nicolas a pu s’appuyer sur une compréhension technique solide pour développer sa vision artistique.

En parallèle du travail autour de cette oeuvre, Jean-Marc Routoure a initié le lancement d’un projet de recherche participative et de médiation scientifique, incluant un site web de dépôt de sons et des dispositifs de médiation développés avec les publics.

Une expérience immersive multi-sensorielle

Nicolas Germain a quant à lui a créé une véritable composition à partir du bruit électronique. Son travail de synthèse soustractive consiste à sélectionner et épurer certaines bandes de fréquences, créant ainsi une palette sonore riche et variée. Le bruit est un signal très riché. il est découpé en 512 bandes de fréquences pour créer des sons et ensuite les déplacer dans l’espace sur 8 enceintes.

L’installation se déploie sur huit enceintes disposées en cercle autour du public, créant une spatialisation immersive. Au centre, la plaque de circuit électronique est entourée de huit LEDs qui rendent visible en temps réel le volume sonore de chaque enceinte. Lorsqu’une LED s’éteint, aucun son n’émane de l’enceinte correspondante.

Le son se déplace d’une enceinte à l’autre, créant l’impression que quelque chose nous approche, nous distance, nous encercle ou nous traverse. “L’idée était de mettre les gens dans la résistance pour qu’ils puissent écouter le son”, explique Nicolas. “Comme c’est physiquement impossible, nous avons entouré le public avec huit enceintes pour l’immerger dans le son.”

Des créatures aquatiques imaginaires

Sur quatre écrans, des animations programmées présentent des créatures aquatiques imaginaires qui réagissent aux sons. Inspiré par ses premières écoutes qui lui ont donné l’impression d’être dans un milieu aquatique, Nicolas a conçu ces êtres comme s’ils pouvaient percevoir et réagir aux fréquences sonores.

Le travail graphique montre comment le bruit se transmet dans l’espace. Les créatures, construites sur une base sphérique, évoluent selon un gradient de fréquences, créant une danse visuelle en harmonie avec la composition sonore.

Les créatures changent d’apparence selon les sons : certains les font flotter de manière vaporeuse et transparente, d’autres créent des mouvements plus agités. Les sons graves les effraient, les faisant tourner sur elles-mêmes. Les traces blanches sur les écrans figurent le déplacement du son, depuis les basses fréquences jusqu’aux hautes fréquences.

L’installation comprend 37 tableaux d’une durée de 40 secondes chacun, avec des transitions en morphing. Nicolas a également ajouté quelques ultrasons qui viennent “chatouiller” les créatures. Certains tableaux incorporent 50 fréquences prises aléatoirement sur les 512 disponibles, ajoutant une touche d’imprévisibilité à l’expérience.

Nicolas a aussi intégré de nombreux éléments cachés dans son installation. La première enceinte est positionnée au nord. Certains sons se déplacent comme les planètes autour du soleil, dans le même ordre et le même sens. Ces choix artistiques créent une œuvre à multiples niveaux de lecture.

Un son authentique et vivant

L’installation au Dôme diffuse un son live, généré en temps réel par le circuit électronique. Contrairement à des versions antérieures qui utilisaient des enregistrements, cette version offre une expérience authentique et unique.

Les différents prototypes ont permis d’affiner le projet. Une version présentée lors du Millénaire a révélé des problèmes de parasites liés à la présence du public, conduisant à l’ajout d’un blindage protecteur. Néanmoins, le son peut varier légèrement selon l’affluence, ajoutant une dimension participative involontaire à l’œuvre.

Une expérience à vivre au Dôme dans le cadre du festival ]interstice[

Du 4 au 21 décembre, ]interstice[, festival international des arts visuels, sonores et numériques, propose deux parcours d’expositions gratuits et un riche programme de concerts, performances et rencontres dans le cadre du Millénaire de Caen. Les œuvres, mêlant sons, lumières et mouvements, interrogent nos rapports aux technologies, à l’environnement et à la science. Plus de 30 artistes, avec de nombreuses créations originales ; pour certaines déjà passées par le TURFU Festival, investissent 12 lieux culturels et patrimoniaux de la ville.

Géophonies : quels sons font les bruits ? est une invitation à découvrir l’invisible et l’inaudible, à se laisser immerger dans un univers où la science devient poésie et où le bruit électronique se transforme en symphonie.
Une création originale arts et sciences Millénaire avec l’ENSICAEN et le CNRS, produite par Station Mir, développée par Oblique/s, avec la coordination technique déléguée de Manœuvre.

]interstice[1000 est un projet de Station Mir, Oblique/s, Manœuvre et le Laboratoire Modulaire de l’ésam Caen/Cherbourg.

Morgane Neelz, Le Dôme, 16 décembre 2025 (https://ledome.info/geophonies-quels-sons-font-les-bruits/)


Géophonies de Nicolas Germain

Nicolas Germain, plasticien, a travaillé avec Jean-Marc Routoure pour imaginer Géophonies, une création à voir au Dôme. Des petites bêtes aquatiques imaginaires se meuvent sur quatre écrans, disposés en cercle. Entre chacun d’eux viennent s’intercaler huit enceintes pour créer une spatialisation du son. Géophonies est une expérience immersive apaisante. Sans dévoiler totalement la conception de cette œuvre, le duo présente cependant une carte « géographique », précieusement déposée sous une cloche en verre, avec une résistance, un circuit électrique et des lampes représentant les huit enceintes et permettant de suivre le circuit du son. « Il y a des bruits dans une résistance, explique Nicolas Germain. Pour les rendre audibles, Jean-Marc les a amplifiés mille fois. J’ai découpé des parcelles de fréquence de ce bruit rose spécifique pour les transformer en sonogramme et les insérer à des images en 3 D ». Géophonies est tout un monde coloré des profondeurs des océans qui s’anime et s’écoute.

Maryse Bunel, Relikto, 12 décembre 2025 (https://www.relikto.com/2025/12/12/des-experiences-sensorielles-a-vivre-avec-interstices/?pdf=198559)


After, el TiGeR CoMiCs GRoUP, 2022 (édition vinyle, Gestation Production / Station Mir 2023)

Personnalité ô combien singulière, Nicolas Germain aka elTCG est le fruit du biberonnage, d’une pratique intensive d’un temps où la riante Normandie (région française) et la ville de Caen, en particulier, pouvaient se targuer de nourrir la plus vibrante quintessence des musiques obscures, à l’aune d’une référence universelle absolue, Déficit Des Années Antérieures, et ses productions exemplaires du label iconoclaste, Illusion Production. Un temps perfidemment oublié du plus grand nombre, mais assurément pas des plus éminents historiens de l’ombre.

Talentueusement efficient pour le compte de multiples collaborations récentes et (toujours) épatantes ( PEST MODERN, Emmanuel ou Joël Hubaut, 3W Electron Tube, ne citer qu’eux) elTCG a, toutefois, toujours maintenu (conjugué au passé ou au présent de l’infinitif) le cap d’une production délicieusement sérieuse et foutraque à souhait (JuJu-art show). Dire, après cela, que les feux de la rampe s’impatientent, à briller de mille diodes, c’est évidemment mal connaître un artiste, qui cultive, avec certitude et intelligence, l’art savant d’une discrétion, réservée uniquement au cercle restreint de happy few. Fidèle à ce souhait discrétionnaire, nous n’évoquerons donc pas l’année 2020, et la production modulaire de 4 albums (Here, Now, There, Out) axiomes d’une fragile linéarité granulaire et polymorphe.

Contrepoint d’une synthèse, parfaitement maitrisée, AFTER libère et instille la préalable gravité (sunny 1) nécessaire à toute rupture monotonique. Staccato convulsif, « Again » déclare ouvert l’hostile batifolage séquentiel d’un éveil capricieux, mécanique. Confusion des sens, « Escape », tient sa promesse titulaire mais, le temps d’une décision sans retour en est très certainement le corollaire. 

Figure centrale d’un édifice sonore sans aucune complaisance, « Inside », entreprend une sombre (pélagique) plongée en eaux très obscures et ce ne sera pas le tintement graduel de « Near » qui puisse redonner un quelconque espoir de délivrance – Un gouffre béant – « On » n’a d’autre occurence qu’une privation vitale, l’ankylose ultime et définitive de tout auditeur. 

Fort heureusement, et ouvrant une nouvelle séquence, Run redonne un fugace espoir, celui d’une ondulation répétitive, un gazouillis prometteur, une accélération sous contrôle méthodique et contrainte. 

Classicisme apparent, « Sunny 2″ rappelle soudainement quelques images ensevelies, parfum et rêves de tangerine d’antan, en parfaite ascèse, minimalisme d’opportune rigueur. 

Cloturant momentanément un AFTER, préambule d’incertitudes, Waiting adopte une chronophagie mélodique perturbée, oscillation vagabonde, émiettement vacillant, résumé abstrait, filigrane d’un resserrement de toute sentimentalité. Défiant, el TiGeR CoMiCS GRoUp ne laisse rien au hasard, nous en sommes désormais quasi avertis.

Thierry Massard, 22 août 2022 (https://www.nocovision.com)


Lady Bird, el TiGeR CoMiCs GRoUP, CD, Optical Sound 2012

Nicolas Germain est Musicien et Artiste Plasticien, issu du Punk originel et créatif.

1984 en pleine vague froide, il fonde el TiGeR CoMiCs GRoUP utilisant les premières boites à rythmes et séquenceurs, armé sur scène de vidéo-projecteurs premières générations (on ne parlait pas encore de transversalités à l’époque).
Sa musique et son univers sonore sont à placer entre Bo Diddley sous acides et Steve Reich avec des guitares et pédales WhaWha.
Pas de musiques sans arts visuels et vice-versa, Nicolas Germain enseigne la plastique sonore, les techniques d’enregistrements et de montages, à l’Ecole Supérieure Arts et Médias de Caen/Cherbourg dont il est issu.
Il collabore selon affinités avec différents artistes contemporains, tels que Joël Hubaut, Antoni Muntadas, Jacques Luley, Céline Duval, Pierre Beloüin…

Sa dernière sortie en date est intitulée « Lady Bird » (Optical Sound-OS.046), dont il livrera ce soir un ensemble audio-visuel allant du chaos créatif, au blanc épuré et fantomatique.

(La route est longue vers demain…)

Jack Nance 2012


TWVSTCG (Thierry Weyd et Nicolas Germain)

TWVTCG rassemble les expérimentations sonores miniatures et désuètes de Thierry Weyd avec celles, technologiques et musicales, d’el Tiger Comics Group (Nicolas Germain) : lorsque l’un (TW) manipule délicatement des objets sonores acoustiques reposants sur un plateau, l’autre (el TCG) prélève les sons, les filtre, les spatialise et les transforme en une musique amplifiée : une brosse à dents électrique est la source d’une sombre nappe électronique, les chants d’oiseaux-jouets deviennent une rythmique hypnotique, et ainsi de suite au grès des objets manipulés par TW et des choix opérés par el TCG. Ainsi le paysage miniature et narratif de TW devient une matière abstraite, une musique évoluant dans l’espace amplifié de la salle de concert, et le spectateur est alors témoin de ce moment intermédiaire que nous pouvons qualifier de condensation sonore paradoxale entre les deux univers.

2017


By Knight, el TiGeR CoMiCs GRoUP

eL TiGeR CoMiCs GRoUP (TCG) est en quelque sorte l’“outsider” de cette compilation. Ce projet a pourtant été créé il y a précisément vingt ans par Nicolas Germain, après sa sortie de l’École Supérieure d’Art de Caen, la même année que son fanzine « Tarzan aime les images » (le nom du projet faisant référence au Marvel Comics Group, éditeur de Tarzan aux États-Unis). Proche de formations aussi iconoclastes que Ptôse ou D.D.A.A., Nicolas Germain va alors développer une démarche artistique protéiforme, englobant aussi bien les arts visuels (peinture, installation multimédia, notamment au moyen de l’informatique, ou encore “vidéos d’ameublement”) que la musique, dans laquelle il questionne toutes les grandes entreprises de manipulation du monde contemporain – qu’il s’agisse de la religion, des médias ou la culture de masse (voir notamment son CD-Rom Start_up). Son “Juju-Art Concept” désigne justement ce mélange entre le son, la manipulation de la voix, le travail de l’image numérique, vidéo et celui du langage écrit.

En 1988, TCG publie sur Gestation productions Things we do, premier album “sous forme d’objet” qui sera suivi de nombreux concerts intitulés “Juju-Art Shows”. Tous les moyens sont bons pour cette entreprise de propagande subversive qui a donné lieu à de nombreuses interventions – par exemple, en 1998, un concert miniature au FRAC de Basse-Normandie (aux côtés de Charlemagne Palestine, Dominique Petitgand ou Joël Hubaut), ou, l’année suivante, la présentation de VER, intervention sonore avec Jean-Luc André (D.D.A.A.), dans le cadre des Soirées Nomades de la Fondation Cartier à Paris.
Extrait de l’album Things we do, première réalisation de TCG, By knight a été spécialement réenregistré pour Echo Location.

David Sanson, 2005


Happy ? Yes, No, Maybe…

War is Death, Fear is Data, Beliefs is Profit,… des mots mais aussi des chiffres, des lettres, des pourcentages, des points, autant de repères qui reviennent dans les environnements sonores et visuels de l’artiste. Une composition générale qui laisse à penser à un regard critique sur les composants du monde économico-politico-militaire dans lequel nous évoluons depuis la seconde moitié du XXème siècle.

Power, Religion, Abstraction, Attitude, Clone, War, Ignorance défilent sous nos yeux projetés sur écran en guise de fond des concerts ou juju-art show de El Tiger Comics Group, nom de “scène” de Nicolas Germain. D’autres fois ils apparaissent telles des images subliminales piégeant alors notre conscience à l’instar de méthodes propagandistes. Nicolas Germain met en exergue par le biais de ce langage le potentiel subversif de la sphère financière mondiale mixée aux enjeux militaires, politiques, voire religieux.

Dans les années 80, il dégage une production artistique axée sur le personnage de Tarzan, héros de BD, de cinéma. Enclin à dénoncer une certaine esthétique religieuse, ou des mises en scènes cultuelles au nom de la religion, il élabore des installations “sacrées” après avoir, quelque temps auparavant, sacrifié Tarzan dans ses peintures. Tarzan, ou l’origine indirecte du nom de ses concerts, JUJU-ART SHOW, repris du premier Tarzan avec Johnny Weissmuler (la montagne sacrée), El Tiger Comics Group faisant référence à “Marcel Comics Group”, éditeur des BD de Tarzan aux USA.

L’idée de l’individu, sous forme d’un nom de groupe, caractérise selon lui la déclinaison des médias abordés : outre la peinture, le graphisme – il publie des fanzines alors étudiant à l’Ecole des Beaux-Arts de Caen – il participe à des groupes de musique (MB rock agricole, MOB classé X, Les Mystères de l’Ouest), avant d’étendre plus amplement son champ dans un mixed-media prenant source dans l’informatique. Il conceptualise cette volonté transversale des médiums sous le nom de JUJU-ART-CONCEPT, soit un véritable mixage entre le son, la manipulation de la voix, le travail de l’image numérique, vidéo et celui du langage écrit. Il se produit dans des concerts visuels dès 1988. Construction d’environnements scéniques intégrant le numérique, les instruments à cordes, les voix, les mots filmés, manipulés ou imprimés sur des panneaux ouvrant sur la scène,… peut-être un clin d’œil ironique aux grands “show” orchestrés par des hommes politiques ou religieux. Chaque morceau énonce des mots déformés, des phrases répétitives qui rythment le flux des images projetées derrière El Tiger Comics Group. Vision de ciel bleu et nuages blanc juxtaposée à des avions de guerre. Des images de bombardements, tirs de missiles extraits de reportages récents – on pense à la guerre du Golfe – trouvent échos dans des images de films de guerre… Le travail de Nicolas Germain se situe du côté de l’engagement et de la position critique face aux médias et leur manipulation dans une forme d’économie où multinationales, intérêts militaires, géopolitiques, boursiers semblent dorénavant être les diktats d’un nouvel ordre mondial incluant dans leur jeu – comme des pions sur un damier – politiciens, religions, mass médias (radio, télévision, internet, communication…).

Le mot est média au même titre que l’image. La manipulation numérique des images et des mots par Nicolas Germain ne fait que transposer une forme de réalité déformée par la surinformation déversée par la télévision, la radio, internet où l’impact de l’image, le spectaculaire, l’émotion prévalent sur tout questionnement. La rapidité de l’information, du direct, d’internet piège le système émetteur-récepteur, l’individu récepteur n’ayant plus le temps de se prononcer, de digérer l’info transmise. Dans les juju-art show, les mots, les phrases énoncées et rythmées dans la répétition en pendant de leur projection écrite et numérique sur écran renvoient à cette fragmentation du discours, du copier-coller de l’information diffusée en continu dans certains médias.

Anne CARTEL, 2004.

 

Laisser un commentaire